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Article DDM: l'impact de la crise sanitaire sur le moral, la condition physique, les finances... en Ariège, cinq arbitres témoignent

Publié il y a 3 semaines par

Article DDM: l'impact de la crise sanitaire sur le moral, la condition physique, les finances... en Ariège, cinq arbitres témoignent

Publié le 22/05/2021 à 12:01 , mis à jour le 23/05/2021 à 11:38

l'essentiel : Il a beaucoup été question de l’impact de la crise sanitaire sur les joueurs et leur moral depuis une quinzaine de mois, beaucoup moins sur les arbitres qui sont les grands oubliés du milieu sportif. Eux aussi connaissent la crise. Rencontre avec Mathieu Nirascou, arbitre lui-même, qui est en quelque sorte la courroie de transmission entre le bureau du comité départemental de rugby de l'Ariège et le duo opérationnel en charge de l’arbitrage.

Mathieu Nirascou a pris sa première licence à l’US Haut Salat à l’âge de 6 ans et intégré l’école de rugby du Couserans jusqu’à la fin des juniors. Les études le poussant à l’exil, il a joué une saison à Tulle, pour finalement revenir l’année suivante dans son cher Haut Salat. Il est arrivé à l’arbitrage, par le lycée en tant que jeune officiel, ce qui lui a donné l’envie de s’intéresser à la règle. Il a franchi le cap à son retour au Haut Salat près de ses chères montagnes, lorsque la charte a imposé un arbitre par club. Cette décision en a surpris plus d’un car il n’était pas connu pour tendre avec les arbitres, mais ce fut pour lui une source de motivation car son objectif premier était de « faire mieux que les gars qu’il critiquait ». Cela lui a réussi car il a été sacré en 2016 meilleur jeune arbitre en remportant le concours du jeune arbitre au niveau National. Aujourd’hui en plus de l’arbitrage, il occupe le poste de 1er vice-président du comité de l’Ariège en charge de la commission sportive. Il évolue depuis 2 ans en Fed 2. Interview.

Comment vivez-vous cette période difficile pour tout le monde ?

La situation a été compliquée à gérer l’an dernier quand l’arrêt brutal des compétitions nous a privés des phases finales qui récompensent le travail et les efforts de toute une saison, comme pour les clubs. Mais l’espoir de repartir en septembre sur une nouvelle saison et de nouveaux objectifs a atténué la frustration de ne pas arbitrer. Puis vient l’arrêt de cette saison où on comprend au fil des événements qu’elle sera blanche donc il faudra à nouveau accepter de se passer de notre passion.
Même si sur un plan personnel, il y a eu des moments compliqués, car je suis tout de même un compétiteur et, quoi qu’on en dise, ça manque vraiment. Mais je ne pense pas avoir le droit de me plaindre. En effet, le statut d’arbitre de Fédérale 2 nous permet d’être désigné comme 4e ou 5e arbitre sur les matchs de secteur Pro ou juge de touche sur les matchs d’espoirs. Donc je pense que, dans cette période, nous avons été des privilégiés en pouvant par ce biais-là garder la dynamique et le contact avec l’arbitrage.

Comment faites-vous pour vous entretenir physiquement ?

Pour ce qui est de la prépa physique, je suis les conseils de Christophe Da Furriela depuis qu’il me suit pour un petit souci à un genou. Donc, lors du premier confinement et de la mise en place du télétravail à quasiment 100 %, j’ai pu m’organiser pour faire quelques footings, à proximité de la maison, couplés à des séances de renforcements trouvées sur internet. Ensuite, la reprise du travail en présentiel avec le couvre-feu à 18 heures a fortement compliqué la chose car, au retour du travail, je n’avais pas le temps d’aller courir. Depuis le recul du couvre-feu à 19 heures, j’arrive à aller courir 2 à 3 fois par semaine. Nous mettrons ensuite un programme de préparation en place dans le but de monter en puissance pour la reprise en septembre.

Mathieu Nirascou. Quand il ne court pas sur un terrain, il est premier vice-président du comité de l’Ariège, en charge de la commission sportive.

Vous qui êtes en responsabilité des arbitres ariégeois, comment se portent-ils moralement et physiquement ? Je suppose que les contacts ne sont pas rompus ?

Depuis notre élection, au comité départemental de rugby, l’arbitrage a été logiquement rattaché au domaine sportif et donc sous ma vice-présidence. Mais en réalité, je suis juste la courroie de transmission entre le bureau du CD et le duo opérationnel responsable de l’arbitrage. Ce duo, composé d’Hervé Darraux (directeur départemental de l’arbitrage) et de Christophe Malterre (responsable de la formation), est en lien direct avec Eric Doria (directeur de l’arbitrage de Ligue) et les formateurs de Ligue. Christophe a maintenu les formations mensuelles en visioconférence en essayant d’impliquer 1 ou 2 arbitres différents chaque mois pour l’animation des thèmes proposés par la Ligue. Ces réunions ont permis de garder le lien avec un bon nombre d’arbitres, même si le format pas toujours simple et le manque de pratique sur les terrains ont entamé quelque peu la motivation de certains. Néanmoins, Hervé a mené une enquête auprès de tous les arbitres et nous avons peu d’arrêts à déplorer pour la saison prochaine. Nous avons tout de même un réel besoin de recruter plus d’arbitres afin d’anticiper de futurs arrêts dus à la limite d’âge. Sur le plan physique, il y a ceux qui ont continué à s’entretenir normalement, d’autre un peu moins, et certains qui ont quasiment tout arrêté. Nous allons donc réfléchir afin de leur proposer un programme de reprise et de préparation pour cet été.

C’est un sujet quasiment tabou au rugby, mais l’aspect financier, avec des mois sans matchs, donc sans revenus, est-il important aux yeux des arbitres ?

L’arbitrage nous permet de gagner un peu d’argent à chaque sortie et cela peut représenter un petit plus en fin de mois qui n’est pas négligeable suivant la situation de chacun. Si on voulait vraiment gagner de l’argent le dimanche, il y a d’autres solutions bien plus lucratives. Pour être totalement transparent avec vous, nous avons 60 € d’indemnité pour les matchs de Ligue et 100 € pour les matchs de Fédérale, auxquels nous ajoutons 0,39 € par km de défraiement. Un arbitre doit participer à 2 stages par an, 1 réunion par mois le jeudi soir, être impliqué dans son club (formation des arbitres U14, interventions sur la règle auprès des différentes équipes…). Il doit aussi les jours de match partir de chez lui avant midi (voir plus tôt), faire la route seul, arbitrer son match (pas toujours facile) et ensuite reprendre la route pour arriver chez lui dans la soirée. Donc, je pense que si on est plus intéressé par l’argent que par le rugby et l’arbitrage on pose vite le sifflet.

Pensez-vous que certains seront découragés et abandonneront ?

Cette crise sanitaire et ces mois sans compétition vont en pousser certains à arrêter mais cette problématique touche tous les domaines de notre sport, joueurs, dirigeants, bénévoles… Il est donc important de ne pas manquer la reprise sur tous les plans. Nous devons nous serrer les coudes pour mettre en place, ensemble, des actions visant à faire revenir les gens dans nos clubs.

Que peut-on souhaiter à votre corporation ?

Tout d’abord pouvoir nous retrouver en présentiel pour recréer le lien entre nous. Ensuite, pouvoir revivre une saison normale pleine de matchs à arbitrer. Finalement, pouvoir accueillir beaucoup de nouveaux et continuer à avoir des arbitres ariégeois dans quasiment tous les niveaux de compétitions. En effet, l’Ariège possède un arbitre de Top 14, un arbitre vidéo en Top 14/Pro D2, un arbitre en Fed 1, deux arbitres en Fed 2, 1 en Fed 3 et plus d’une vingtaine couvrant tous niveaux territoriaux. Enfin, nous mettons beaucoup d’espoirs sur les passerelles que nous allons essayer de créer entre l’arbitrage FFR et les jeunes officiels UNSS, mais pour cela, nous vous donnons rendez-vous le 16 juin lors du printemps du rugby occitan.

Comment avez-vous vécu le confinement ? 

Quatre arbitres ont accepté de répondre à nos questions.

 

Benoît Portet, 29 ans, licencié à Castelnau-Labastide

Il intervient à l’école de rugby La Barguillère Pays de Foix- Seronnais et évolue au niveau Fed 3 .

« Cela fait de longs mois que je ronge mon frein entre incertitudes et divers scénarios de reprise. On nous demande de nous tenir prêts, c’est long. Je m’entretiens à raison de 2 joggings par semaine mais c’est plutôt de l’hygiène de vie. Je suis formateur, je m’occupe de deux jeunes arbitres, je n’ai donc pas complètement coupé. Nous avons des réunions en visio, leur préparation prend un peu de temps. La consultation des supports FFR et de la ligue demande également de l’attention. Je suis dans une dynamique de progression et il n’est pas question de stopper mes activités. Bien au contraire je piaffe d’impatience de pouvoir reprendre enfin le sifflet. »

 

Laura Raja, 15 ans, arbitre débutante, joue en féminine au SCA

« C’est en regardant les matchs avec mon père que je me suis intéressé au rôle de l’arbitre. J’ai eu l’occasion de me lancer en compagnie de ma sœur jumelle Sofia. Le Papa d’une copine, monsieur Mascarenc, est arbitre et c’est lui qui est notre formateur. Je n’ai malheureusement pas pu arbitrer de match à cause de la crise sanitaire c’est très frustrant. J’espère pouvoir le faire le plus rapidement possible. Psychologiquement, on tient le choc car notre emploi du temps est tout de même copieux avec nos études. Physiquement, je n’ai rien fait de spécial durant cette période. Nous avons repris récemment les entraînements avec les filles du SCA et je ne pense pas utile d’en rajouter. J’ai hâte de pouvoir enfin mettre en pratique toute la théorie ingurgitée lors de cette longue période. Je devrais débuter au sifflet avec les catégories moins de 18 ans garçons et filles. »

 

Stéphane Loze, 45 ans. A joué à Laroque-d'Olmes et Lavelanet

Il a entraîné pendant 10 ans et est venu à l’arbitrage pour aider son club à honorer ses obligations. Il s’évanouit complètement dans cette fonction.

« J’évolue au niveau territorial. J’ai mal vécu cette période car j’ai été privé d’une alternative complémentaire à ma vie privée. Les contacts et les échanges me manquent, tout comme les rencontres avec les « petits clubs », leurs bénévoles et leurs joueurs. Ce manque de plaisir dominical est psychologiquement difficile à surmonter. Bien évidemment je me suis physiquement entretenu en pratiquant le footing et le vélo au moins une fois par semaine. Il me tarde aussi vraiment de retrouver les collègues arbitres et les stades avec du public. »

 

Benjamin Boutier, 44 ans

À 44 ans Benjamin Boutier arbitre au niveau régional depuis 3 ans.

« C’est grâce à un ami, qu’après ma carrière de rugbyman j’ai opté pour l’arbitrage, cela me permet de rester dans le milieu. J’ai la chance d’avoir une famille, une maison avec un jardin j’ai sûrement moins subi cette période que d’autres même si nous sommes tous à la même enseigne. Au niveau de l’arbitrage il y a une déconnexion certaine, on perd pied. J’ai par exemple moins d’enthousiasme à regarder les matchs télévisés. Je me suis entretenu physiquement, de ce côté pas de problème. Heureusement que la formation a pu continuer en visioconférence. On ne perd pas le contact et nous poursuivons la formation. C’est beaucoup moins convivial mais c’est un moindre mal. La difficulté c’est qu’on ne peut pas se projeter sur l’avenir car rien n’est jamais sûr. Malgré tout il n’est pas question de poser le sifflet et je suis impatient de me retrouver sur un stade entre deux équipes. »

    

Propos recueillis par Michel Rieu

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